Pour des villes citoyennes

Les prochaines élections communales permettront de mettre en évidence, au travers des thèmes abordés dans les campagnes électorales, quelle approche et quelle définition de l'espace public les élus vont-ils privilégier. L'échelle communale de proximité constitue en effet le premier échelon décisionnel où il convient de penser l'espace public urbain, de déterminer pour qui il est conçu et par qui il est utilisé.
A Morges, durant de trop nombreuses années, les lieux publics ont surtout été imaginés comme des espaces de circulation, principalement articulés autour de la voiture ou des places de stationnement. La rue ici sert principalement à se déplacer, ne constituant que dans de très rares cas un lieu de vie commun, organisé autour du loisir, de la convivialité et de la qualité environnementale. Ainsi, toute une partie de la population se trouve exclue de son usage, notamment les cyclistes, les enfants, les personnes âgées ou à mobilité réduite. La majorité bourgeoise peine en effet à concevoir une ville citoyenne où chacune et chacun puisse vivre sans obstacle et se sente véritablement appartenir à l'espace commun. Pour preuve, rappelons la levée de boucliers de la droite morgienne à chaque modification du plan des circulations, principalement lorsque est créée une zone piétonne ou une zone 30km/h, rappelons aussi la bataille serrée du même camp lors de la création d'une place de jeux au centre-ville ou l'absence d'un plan de développement des pistes cyclables sécurisées. On le voit, seule la gauche est porteuse de cette préoccupation d'intégrer chacun, convaincue qu'une ville qui fonctionne bien est une ville qui offre un espace de vie de qualité et qui développe le domaine public au profit de tous.
Dernièrement un nouvel exemple nous a été offert par un membre du parti libéral morgien qui s'offusquait du coût occasionné par le service des espaces verts de la ville, y voyant-là le signe d'une politique luxueuse et inutile par les temps qui courent. Outre le fait que la droite, décidément, ne semble pas connaître d'autre répertoire que la sempiternelle complainte des déficits publics, qu'elle crée pourtant elle-même, notamment à coup de cadeaux fiscaux à certains, cette intervention interroge aussi sur un autre plan. Que penser en effet d'une droite qui décrie la politique des ghettos dans des banlieues d'asphalte recouvert de tags et qui en même temps ne voudrait développer les espaces fleuris qu'aux abords du Léman, près des maisons de maître aux jardins pourtant déjà luxuriants ? Que penser d'une droite qui demande une présence policière accrue pour éviter les actes de vandalisme et qui fait mine d'ignorer qu'un parc fleuri, entretenu, est plus respecté qu'une zone laissée à l'abandon ?
L'intervention libérale nous rappelle qu'au contraire nous voulons une ville, où l'égalité de traitement s'applique aussi à l'aménagement des espaces publics, une ville où tous les quartiers méritent un traitement digne, que l'on soit résident d'un centre historique ou d'une tour excentrée. Notre responsabilité d'élu de gauche consiste aussi à développer des politiques d'intégration qui tiennent compte des questions liées à l'environnement immédiat des citoyens, pour que chacun se sente respecté et à son tour respecte le bien commun.
A l'opposé des politiques d'appel à la répression, à Morges nous avons souhaité développer l'esprit citoyen en impliquant les habitants dans une démarche participative. Ainsi, depuis quelques années des bénévoles collaborent avec les pouvoirs publics, principalement avec le service des espaces verts, pour entretenir les jardins publics, désherber et arroser les massifs de fleurs, indiquer les zones où de nouvelles plantations pourraient intervenir dans les quartiers. Ces interventions régulières développent les réseaux entre résidents, rapprochent les citoyens des pouvoirs publics, incitent les voisins, plus attentifs, à respecter les zones entretenues et nous permettent d'élargir le nombre de secteurs traités. Le succès de cette opération, sa pérennité, nous incitent à penser que la population souhaite pouvoir jouir d'une bonne qualité de vie dans son quartier, qu'elle est disposée à s'engager pour l'améliorer si on lui en donne l'opportunité. Cette démarche s'inscrit naturellement dans une vision plus large qui postule que nous voulons des villes citoyennes et non des cités dortoirs, que nous avons surtout une conception du pouvoir bien différente de nos adversaires, fondée non sur l'autorité mais sur la participation, l'ouverture et l'intégration.
Nuria Gorrite, Municipale

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