Morges et l'autoroute

Des jonctions autoroutières à Chavannes et à Ecublens aux dépens du complément de jonction Morges-Est ?

Dans le quotidien 24H du 24 novembre, nous lisons:

La nouvelle étude devra esquisser le réseau routier et de transports publics de l'Ouest, une fois les jonctions autoroutières d'Ecublens et de Chavannes réalisées. Car l'Etat s'est engagé à entreprendre toutes les démarches nécessaires auprès de la Confédération, pour obtenir la construction simultanée de ces bretelles. Elles sont attendues depuis longtemps. Mais elles n'arriveront pas avant cinquante à quatre-vingt-quatre mois, selon les estimations.

Si, dans le cadre de ce projet de maîtrise de l'urbanisme et des transports, ces jonctions autoroutières L'autoroute balafrant la villepeuvent être construites pour soulager le réseau local des communes concernées et lutter contre la pollution, tant mieux.
Pourtant, lors des discussions de ces derniers mois, nous avions cru comprendre que, devant les autorités fédérales, ces deux jonctions entraient en concurrence avec la construction du complément de jonction Morges Est. Si tel est vraiment le cas, nous serions fort navrés de faire de l'ombre à des communes voisines et amies - on nous place en situation de compétition -, pourtant nous revenons à la charge pour demander que le canton mette tout en oeuvre afin d'assurer une construction rapide du complément de jonction Morges-Est. Si vraiment un choix exclusif doit être fait entre ces trois jonctions, nous revendiquons, pour toutes les raisons évoquées ci-dessous, que ce soit l'amélioration morgienne qui ait la priorité.
Notre argumentaire se basera surtout sur une série d'aspects politiques et d'aménagement qui, à nos yeux, devraient primer sur des aspects techniques.

Revitalisation des villes, une des priorités fédérales

Dans «Les grandes lignes de l'organisation du territoire» rédigées en 1996 par le Conseil Fédéral et approuvées par les chambres figure sous la rubrique «Aménager le milieu urbain» l'option stratégique rénovation et revitalisation des villes. Pour nous, il est clair que la revitalisation de la vieille ville de Morges, en particulier l'amélioration de sa capacité à offrir pour les familles des résidences de qualité, passe par une mise en pratique du plan de mesures pour l'amélioration de la qualité de l'air qui, lui, prévoit la construction du complément de jonction Morges-Est afin de supprimer une partie du trafic de transit. Nous rappelons que le plan des mesures décidé en 1994 n'a pas reçu, à ce jour, le plus petit début de réalisation. En matière d'aménagement du territoire, et plus particulièrement d'aménagement urbain, nous souhaitons qu'on ne se contente pas de répéter de grands principes, mais que ceux-ci guident des choix concrets et passent dans les faits.

La construction de l'autoroute

C'est une vieille histoire certes, une saga si l'on veut, mais, de notre point de vue, les relations, pleines de péripéties, des Morgiens, population et autorités, avec le canton et la confédération au sujet de l'autoroute ne sont pas dépourvues de conséquences et de responsabilités politiques aujourd'hui. Pour présenter ces arguments, nous sommes obligés de rappeler des faits vieux de près de 50 ans, car peu de personnes se rappellent précisément les événements qui remontent à la création de l'autoroute.
Passons les premiers épisodes qui virent en 1956, le Conseil communal de Morges, contre l'avis municipal, décider un crédit de 5000 francs pour étudier un autre tracé que celui de la gare, présenté par le Canton.
Arrivons en à l'initiative cantonale: après de multiples rebondissements, le tracé actuel de l'autoroute à travers Morges, le long des voies CFF est définitivement choisi en juillet 1960. Une initiative cantonale s'opposant à ce choix est lancée par les Morgiens. Elle dit notamment:

Les citoyens soussignés, considérant:

  • que l'on construit les autoroutes pour des siècles,
  • qu'il faut que leur tracé soit irréprochable,
  • qu'il doit notamment permettre un élargissement futur, lorsque le besoin s'en fera sentir,
  • que tel n'est pas le cas pour la traversée de Morges, où il sera impossible de passer de 4 à 6 pistes,
  • que cette traversée inesthétique est dangereuse pour la santé des habitants (bruit, gaz d'échappement) et, en outre, contraire aux exigences élémentaires de l'urbanisme

demandent que (soit rendu) le décret suivant:

  • L'autoroute du Léman évitera de traverser la ville de Morges et sa zone de développement.

En moins de trois mois cette initiative recueille 23'000 signatures (alors qu'il en fallait 6'000 pour soumettre la question au peuple).
Destin singulier que celui de cette initiative: deux grandes questions se posaient à son sujet. Une telle initiative n'était-elle pas sans objet, car, entre le début du projet en 1954 et 1960, la construction des autoroutes était passée dans le domaine de compétence de la Confédération [loi fédérale sur les routes nationales du 8 mars 1960] ? Et encore, une telle remise en cause du projet d'autoroute n'allait-elle pas retarder la réalisation à tel point que l'inauguration ne serait pas possible pour l'ouverture de l'Expo au printemps 1964 ?
Pourquoi ni la Confédération, ni le Canton ne cédèrent-ils aux demandes des Morgiens ? On peut estimer que la Confédération ne voulait pas, au début du long programme de construction, créer un précédent qui rendrait la réalisation d'un réseau national dépendante des voeux de chaque localité. Le Canton, lui, tenait sans doute à l'ouverture pour l'Expo.

Mais ce qui est très intéressant et fort important pour notre propos: personne n'a remis en cause les arguments des Morgiens en particulier que cette traversée était dangereuse pour la santé des habitants et contraire aux exigences élémentaires de l'urbanisme. En décembre 1960, au Grand conseil M. le député Charles-Paul Serex, par ailleurs syndic de Morges annonce que, constatant que le vote n'aurait aucun effet sur le choix du tracé, le comité d'initiative retire son initiative. Il conclut:

Par ce geste, les Morgiens ont voulu montrer combien ils tenaient au maintien de la paix dans ce canton et désiraient, quoi qu'on en ait dit, à voir se réaliser une fois l'autoroute Genève-Lausanne dans les meilleures conditions.
Ils espèrent que leur geste sera compris et qu'ils pourront continuer à pouvoir compter sur votre appui également lorsque viendront à vos oreilles les difficultés qu'ils pourraient encore rencontrer. Ils retirent leur initiative avec peine et regret, mais heureux de compter 23'000 amis dans le canton. Ils leur en disent encore merci.

Ces mentions des difficultés qu'ils pourraient rencontrer font écho, d'une part, aux propos du Conseil Fédéral dans sa lettre du 6 septembre 1960 qui donnent des assurances aux Morgiens, d'autre part, aux paroles du conseiller d'Etat A. Maret et du Président du Conseil d'Etat, Gabriel Despland qui, de leur côté, promettent de tenir compte des désirs de la population. Ces assurances portaient-elles sur l'optimisation du tracé de 1960 seulement ou sur les problèmes que Morges rencontrerait dans le futur du fait de ce tracé jugé dommageable pour la ville ?

La lutte contre le bruit

En avril 1974, pour lutter contre le bruit de l'autoroute, un comité de défense «Action Morges saine» demande l'instauration d'une limitation de la vitesse en traversée de Morges. Les réactions du Canton et donc de la Confédération furent négatives [Décision du Conseil d'Etat du 2.7.1975]. Il fallut attendre plusieurs demandes des autorités locales et des habitants pour que finalement, en 1977, une limitation à 100 km/h soit effectivement mise en place et demeure jusqu'à la construction des murs antibruits.
Lorsque, par l'entremise de M. le Conseiller d'Etat Marcel Blanc, l'Etat de Vaud admit qu'il fallait prendre des mesures contre le bruit (21 juin 1979), la commune dut participer aux frais. Contrairement à ce qui se fait actuellement, la Confédération refusa à l'époque de prendre à sa charge la totalité des coûts de construction des ouvrages de protection contre le bruit (10 mio). Morges dut débourser 1,2 million.

Le complément de jonction Morges-Ouest

Il s'agissait déjà à l'époque de réduire le trafic de transit dans la vieille ville, en particulier le trafic des poids lourds de la zone de Tolochenaz qui, pour se diriger vers Lausanne (ce qui concerne tous les camions en direction de la Suisse entière sauf Genève), devaient passer par la rue Louis-de-Savoie. Donc pour obtenir ce complément de jonction, la Ville de Morges a dû avancer les fonds: 750'000.- francs dès 1978 pour l'achat du terrain et 4,050 millions de francs dès 1980 pour la construction.

Plan de mesures pour la protection de l'air (1994)

Nous avons assez insisté, par ailleurs, sur le fait que la construction du complément de jonction de Morges-Est était partie intégrante de ce plan décidé à la suite de la promulgation des ordonnances OPAIR. Six ans après son entrée en force, aucune des mesures locales n'a reçu un début de réalisation.

Conclusion

Pour nous, il est clair qu'en matière d'autoroute à Morges, l'autorité a toujours privilégié les principes du système et n'a lâché qu'avec retard, réticences et parcimonie des concessions qui visaient la qualité de la vie urbaine des Morgiens. Cela peut se comprendre et s'expliquer historiquement, mais nous demandons que cela cesse. Nous sommes confortés dans cette requête par les faits que nous constatons dans la réalisation actuelle du réseau des routes nationales. Rappelons trois exemples:

Cas très connus

Nous avons déjà eu l'occasion de citer les cas bien connus de chaque automobiliste: à St.-Maurice, Neuchâtel et Genève, l'autoroute contourne la ville au prix d'ouvrages d'art très coûteux lors de la construction et à l'entretien afin de sauvegarder la qualité urbaine.

Un département cantonal soutient une commune

Nous transcrivons quelques passages d'un article paru dans le quotidien 24H du 3 juillet 2000 sous la plume d'Anne Cuneo:

Après vingt-cinq ans de demandes et d'implorations, de démarches et de menaces, les gens de Neuendorf (Argovie) voient se réaliser leur rêve de tranquillité. Ce qu'ils veulent depuis un quart de siècle ? Qu'on recouvre l'autoroute, tout simplement. Et les directeurs des travaux successifs du canton d'Argovie ont déployé pas mal d'énergie pour y parvenir. Lundi dernier, on posait la première pierre de la plate-forme qui, en 2004, recouvrira l'autoroute sur 300 mètres: 64 millions (84% à la charge de la Confédération, le reste pour le canton d'Argovie).

Deux cas peut-être moins connus

Actuellement se termine l'autoroute de Lucerne au Brünig. Or, par exemple, deux gros villages Lungern (1900 hab.) et Gisswill (3200 hab.), dans le demi-canton d'Obwald, reçoivent un évitement qui est constitué, pour chaque village, d'un long tunnel dans la montagne. Dans ces deux cas, on aurait aussi pu suivre la ligne CFF ou passer dans la plaine et couper la commune ? Par ailleurs, le trafic concerné par ces évitements autoroutiers n'est en rien comparable à celui qui transite par Morges.
C'est ce contexte historique et actuel qui nous conforte dans notre demande que la qualité de vie à Morges soit rapidement préservée ou restaurée en incluant la problématique de l'autoroute.
Jacques Longchamp pour le comité «Pour que Morges respire»

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